par Sylvie Gendreau
Chargé de cours en créativité et innovation, Polytechnique Montréal
Tout change.
Et très rapidement.
Comment réagir ?
Après le mouvement « slow food » initié par Carlo Petrini pour sensibiliser les citoyens à la l’écogastronomie et à l’alter consommation, voici le mouvement « slow thoughts » initié par le professeur en psychiatrie Vincenzo Di Nicola qui rappelle que la réponse à un environnement qui change constamment n’est pas nécessairement la vitesse.
Peut-être, en effet, serait-il contre-productif de vouloir s’adapter à un rythme de plus en plus rapide en travaillant de plus en plus vite.
Di Nicola a rédigé un petit manifeste de la pensée lente.
Il s’articule autour de sept préceptes :
Manger et parler
Aller à la rencontre de l’autre et engager le dialogue.
Calmement, sans but précis et sans portable.
Aménager un espace en soi
Indépendant des contraintes temporelles, dans lequel nous maintenons des intérêts et des débats qui nous tiennent à cœur, et ce, en compagnie d’auteurs, de créateurs contemporains ou de siècles passés.
La pensée lente n'a pas à justifier son existence
Autrement que par l’équilibre, le retour à soi-même, et le plaisir qu’elle nous procure.
Elle n’a pas de compte à rendre.
Elle n’a pas à respecter d’échéancier, à se soumettre à des indicateurs de performance.
Vivre et laisser vivre.
La pensée lente est un système ouvert, fluide, poreux.
Elle est ainsi ouverte à l’expérience, au renouvellement.
Di Nicola se réfère au terme italien arrangiarsi qui pourrait se traduire en français par débrouillardise : un certain art de l’improvisation, une façon de tirer partie des ressources disponibles pour trouver une solution inédite à un problème.
La pensée lente est une pensée enjouée, heureuse.
Elle nous incite à sortir des sentiers battus, elle fait fi des règles, mais elle le fait sérieusement, en s’appliquant, en cherchant et en révélant ce qui n’est pas du domaine balisé des idées reçues.
La pensée lente, toujours selon Di Nicola, entre ainsi dans le domaine du jeu : un intermède qui brise le cours de la vie quotidienne et lui donne une coloration nouvelle.
Vue sous cet angle, elle fait appel à la réflexion avant la conviction, à la clarification avant l’action.
La pensée lente est une contre méthode.
Elle ne contraint pas, elle favorise plutôt la détente.
Elle libère les idées toutes faites de la contrainte des traditions.
La pensée lente est un acte délibéré, parfois hésitant.
Di Nicola cite le philosophe Wittgenstein qui réagit devant la hâte avec laquelle ses pairs articulent leurs pensées par le jeu de question-réponse suivant :
Question : De quelle façon un philosophe s’adresse-t-il à un autre philosophe ?
Réponse : Ne vous précipitez pas, prenez votre temps.
Le but de la pensée lente est de recentrer l’humain autour de ses besoins fondamentaux. Des besoins qui ne changent pas : être reconnu et apprécié ; le sentiment d’appartenir à un lieu, à une communauté ; prendre soin de quelqu’un, de quelque chose ; aimer et être aimé.
